ton-histoire

Papeaux et autres histoires

 

Il y a quelques temps, nous avons eu la fêtes des voisins, à l'occasion de laquelle tous se rencontrent autour d'un repas tant canadien que chaleureux.
Pas timide pour un sous, tu es rapidement devenus la star de la soirée et fut bientôt connu sous le nom de "Mademoiselle Pâquerette".  Tu allais de personnes en personnes, les prenant par la main. Une étude superficielle de la situation aurait pu laisser l'impression que ces gens te promenaient avec bonhomie dans les chemins et gazons avoisinants mais une observation plus assidue laissait clairement voir que c'était tout le contraire... Pratiquement tout le monde eut droit à sa promenade et tous affichaient un sourire radieux et ne tarissaient d'éloge à ton propos malgré les maux de dos que ces petits tour main dans la main occasionnaient.
Bien sûr tes parents étaient fiers comme des papes...

 


A un moment, une voisine a interprété un air de negro spiritual. Tu était plantée devant elle, attentive et captivée et tes mains se sont levées en ce geste si typique chez toi, cette caresse faites dans les airs, cette ondulation toute maladroite et pourtant si pleine de grâce, ce petit poème que tu écris avec ces orbes éthérée aux senteurs orientales et qui signifie simplement, dans ton langage, musique. Tu as écouté tout du long et à la fin, tu as applaudis, presque plus avec ton sourire qu'avec tes mains...

Et quoique la soirée du être écourtée pour cause de passage malavisé du marchand de sable (qui semble être toujours sur l'heure d'hivers, malgré les nombreuses lettres de protestation que tu lui a adressées), tu as bien profité de la soirée, des fraises, des gens, des fraises et des fraises. (Il est toujours aisé de savoir quand il est l'heure pour toi de dormir mais si nous tardons trop à lire les signes, tu es susceptible d'enfouir ton visage dans le pelage parfumé de ton vieux drodro et d'errer ainsi, titubant, aveugle aux obstacles et aux murs qui s'approchent alors dangereusement de toi.)

Quelques jours plus tard, tu marchais toute seule sans peur, courant presque d'une pièce à l'autre en des alentours incessants, ponctués de rires, de chutes et de pleurs passagers.

Ton vocabulaire s'est enrichi et si tu utilises encore ton universel "huh" en pointant du doigt l'objet de tes désirs, tu sais nommer ce qui semble être pour toi l'essentiel d'une vie heureuse. Aussi, alors qu'au début du mois tu savais juste les comprendre, tu parles maintenant en terme de "pain" et "bain"(source de joie quand on t'y met, et parfois de crise quand on t'en retire). Il y a aussi le "papeau" qui signifie chapeau, le "ataon" ou quelque chose de similaire qui veut dire pantalon et on me rapporte un "papapa" qui signifie grand-papa. Il y en a d'autre, car tu répètes de plus en plus les sons que tu entends (et les gestes, comme lorsqu'on te dis "non" quand tu t'approches du four: tu imites par la suite geste et intonation chaque fois que tu es amenée à passer devant) sans parler du merveilleux étonnement dans lequel tu nous plonges quand tu montres que tu as tout à fait saisi ce que nous voulions te dire.
Et à chaque son: bruit d'avion , grincement de porte, bruits d'allée, aboiement de chiens, chant d'oiseaux, tu mets ton indexe contre ton oreille, indiquant par là qu'il y a un son auquel prêter attention (c'est fou tout ce que tu nous apprends! En échange, je t'ai appris à imiter le chant du coq, que tu imites à présent à merveille, aux dires des passants stupéfaits devant un si jeune talent).

Ton envie d'indépendance se manifeste également plus souvent. Si, au début, tu nous regardais avant de toucher à quelque chose pour déceler en nous des signes d'approbation ou de désapprobation, c'est de moins en moins le cas. Ainsi, tu te relèves seule, et parfois tu manges toute seule, tu t'essuies seule le visage, tu refuses de prendre ton biberon, tu sélectionnes ce que tu veux manger (et tu montres à ta grand-maman qu'il faut alterner les cuillerée des différents mets, comme on le fait à la maison) et quand tu as une idée en tête...bon sang! Pendant tout le trajet de retour de Ladecy, tu n'avais qu'une idée en tête, qu'un mot à la bouche et toute les trente secondes on entendait, prononcé comme si c'était à chaque fois la première, "bain!"... "bain!" ce qui, par ailleurs, nous a tous bien fait rire. 

Une chose étrange c'est produite: sans doute après avoir malencontreusement ingéré quelque denrée douteuse, l'estomac de ta maman a rendu son contenu. La nuit même et sans raison apparente, le tiens faisait de même. Ceci étant d'autant plus curieux que la dernière fois que ta maman rejetait son bol alimentaire pour des raisons similaires, tu as fait de même, sans plus de raisons apparentes ,dans les heures qui ont suivis, et sans montrer le moindre malaise par la suite dans les deux cas...

Drodro va bien aussi, ton inséparable peluche que tu es capable de retrouver n'importe où, grâce à son odeur... D'ailleurs, tu ne te fais pas avoir: si tu aime bien le clone du drodro que Grand-mama t'a trouvé, il n'a pas la même place dans ton coeur et sur ton oreiller que ton bon vieux drodro odorant et ce malgré son poil plus lisse et son regard plus brillant.

L'autre jour, je le faisais danser sur un air de musique, à ta plus grande joie. Quand, plusieurs heures plus tard, j'ai réécouté cet album et que la chanson fut rejouée tu m'as tendu drodro avec insistance en le faisant sautiller jusqu'à ce que je comprenne, lent que j'étais, que tu voulais qu'il dense à nouveau, sur cette même chanson!

Et malgré ton titre de coquine incontestable, tu es aussi très affectueuse et si nous voir nous embrasser, ta maman et moi, te fait rire, tu nous fais de plus en plus de câlins spontanés et de caresses certes brusque mais pleine de tendresse...

 

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